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L’architecture et l’urbanisme à Rennes – 2

Stérilisation des rez-de-chaussée

Premier point que David Orbach n’a pas formellement identifié, la stérilisation des rez-de-chaussée. Bien sûr, les immeubles sont décollés du sol selon les préceptes de Le Corbusier, mais plus que cela, tout usage incontrôlé de ces espaces de jonction entre l’immeuble et le sol est littéralement interdit, à de rares et très encadrées exceptions. Dans une ville classique, ce qui avait cours partout et universellement depuis des siècles, des millénaires mêmes, les rez-de-chaussée pouvaient, lorsque le besoin s’en faisait sentir, être transformés en commerces, artisanat, restauration ou lieux de réunion. Désormais ce n’est plus possible, les sous-sols sont bétonnés jusqu’au premier étage, quant aux gated communities totalement inaccessibles de l’extérieur. Cette stérilisation a pour effet d’enfermer chaque immeuble dans sa fonction d’habitation ou de bureau. Les rares espaces commerciaux ouverts sont de grandes tailles, réservés aux chaines franchisées ou aux professions libérales ; les petites activités n’y ont pas leur place. Effet pervers, les opportunités de développer des petits métiers sont inexistantes, les habitants de ces immeubles doivent aller chercher au-dehors leurs moyens de subsistance et le lieu d’approvisionnement, un facteur d’accroissement du chômage donc. Cette absence d’activité en bas des immeubles est mortifère en ville, ce sont justement ces échoppes en tout genre, ces cafés et autres activités qui créent la sensation de vie, qui font la ville et qui multiplient les opportunités de petits boulots peu qualifiés.

Rez-de-chaussée bétonné du Millenium en bordure du trottoir - Le Bois habité à la Courrouze, Rennes
Rez-de-chaussée bétonné du Millenium en bordure du trottoir – Le Bois habité à la Courrouze, Rennes
Un autre immeuble au Bois habité à la Courrouze, Rennes - ici nous avons conjointement un rez-de-chaussée bétonné, sur pilotis et grillagé
Un autre immeuble au Bois habité à la Courrouze, Rennes – ici nous avons conjointement un rez-de-chaussée bétonné, sur pilotis et grillagé

Les immeubles sécurisés, dits aussi gated communities, sont justifiés par les promoteurs, les clients réclament se genre d’habitations closes, disent-ils. En fait ces clients-là sont rares et la majorité est insensible à ces « fonctionnalités », mais pour vendre plus vite, plus cher, gagner quelques acheteurs, ces lieux fermés se multiplient.

Charmante entrée principale de l’immeuble ci-dessus
Charmante entrée principale de l’immeuble ci-dessus
Rue Marie Rouault, perpendiculaire à l’axe Alma à Rennes - heureusement qu’il y a de la couleur pour faire oublier les grilles
Rue Marie Rouault, perpendiculaire à l’axe Alma à Rennes – heureusement qu’il y a de la couleur pour faire oublier les grilles

Rue Marie Rouault, perpendiculaire à l’axe Alma à Rennes – heureusement qu’il y a de la couleur pour faire oublier les grilles

Pour les boutiques, la solution unique est le centre commercial, grands halls dédiés aux chaines franchisées, monstres froids. L’aberration de la programmation de ceux-ci fait que des milliers d’habitants des « Bois habités » de La Courrouze (la même dénomination existe à Lille) vont attendre quatre années avant que leur centre commercial ne soit ouvert. On vous programme « la » boulangerie, « le » café-restaurant, la pharmacie et le supermarché, pas de chienlit, pas d’installation sauvage, tout est sous contrôle, sinon on se retrouverait avec un sexshop ou même un glacier, fleuriste, serrurier ou je ne sais quoi. Tous ont intérêt à cet état de fait, les municipalités omniprésentes, mais aussi les promoteurs qui organisent la pénurie en se débarrassant des autoentrepreneurs aux capacités financières discutables et en faisant grimper les tarifs des espaces à usages commerciaux. La municipalité gère tout, on ressent presque une haine du petit commerce et de l’artisanat local, n’est-ce qu’une impression ? Pourquoi cet acharnement sur les rues où se situent de nombreuses petites boutiques, en particulier autour de la gare, pour les remplacer par des immeubles monolithiques et stériles, la reconstruction de la ville sur la ville qu’ils disent, une soi-disant nouveauté ?

Rue de l’Alma à Rennes, au nord de la voie ferrée - Ce pâté d’immeubles est destiné à être rasé prochainement pour faire place à un bel immeuble dans le cadre du programme EuroRennes - combien d’emplois se cachent derrière les sept boutiques que l’on compte sur cette image ?
Rue de l’Alma à Rennes, au nord de la voie ferrée – Ce pâté d’immeubles est destiné à être rasé prochainement pour faire place à un bel immeuble dans le cadre du programme EuroRennes – combien d’emplois se cachent derrière les sept boutiques que l’on compte sur cette image ?
Toujours dans le périmètre d’EuroRennes, ces boutiques (oh ! un Sexshop) du boulevard de Beaumont sont en sursis, encore sept commerces et combien d’emplois ? Remarquez la qualité des balcons
Toujours dans le périmètre d’EuroRennes, ces boutiques (oh ! un Sexshop) du boulevard de Beaumont sont en sursis, encore sept commerces et combien d’emplois ? Remarquez la qualité des balcons

 

1 – Pourquoi ne construit-on plus aussi beau qu’autrefois ;

2 – Stérilisation des rez-de-chaussée ;

3 – La Morinais, Saint-Jacques-de-la-Lande ;

4 – Habillage (le cladding) et l’isolation ;

5 – La balconisation ;

6 – La ZUP en centre-ville.

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